Une marque née dans les caves de Bourgogne en 1926, qui a inventé le jus de fruits en France et qui tourne encore aujourd’hui à 75 millions de bouteilles par an. Derrière ce chiffre, il y a une histoire industrielle étonnante, des rachats successifs, et une identité de marque qui a survécu à tout.
Origine et histoire de Pampryl
Pampryl voit le jour en 1926 à Nuits-Saint-Georges, en Côte-d’Or. À l’origine, des viticulteurs bourguignons cherchent à valoriser leurs excédents de raisin en les pressant et en commercialisant le jus – vendu en pharmacie, pas en épicerie. Ce détail dit beaucoup sur l’époque : le jus de fruits était alors perçu comme un produit de santé, presque médicinal.
Le nom de la marque vient du mot « pampre », la tige de vigne chargée de grappes. Une étymologie directe, ancrée dans le terroir viticole qui a tout déclenché.
Les grandes étapes fondatrices sont espacées dans le temps, mais chacune laisse une trace durable. En 1968, Pampryl lance Banga, un soda enrichi en concentré de fruits – une innovation pour l’époque, à mi-chemin entre le soda classique et le jus. En 1989, la marque crée Champomy, présentée comme « la première boisson festive pour enfants », qui deviendra un classique des tablées du 31 décembre pendant des décennies.
Que trouve-t-on aujourd’hui dans la gamme de jus Pampryl?
La gamme actuelle tourne autour de quatre piliers : jus de pomme, jus de raisin, nectar de poire et boisson ACE (agrumes, carottes, acérola). Ces produits sont proposés principalement en bouteilles en verre de 25 cl, le format qui fait la réputation de Pampryl dans les cafés, hôtels et restaurants.
C’est d’ailleurs sur ce circuit CHR que la marque s’est taillé une position dominante. Selon Orangina Schweppes Pro, Pampryl est leader en CHR avec plus de 12 saveurs disponibles en 25 cl verre – un format pratique pour le service au verre, résistant au passage en machine à laver, et visuellement identifiable immédiatement sur un plateau.
Pampryl a aussi joué un rôle dans l’évolution des contenants. La marque est crédité du lancement des premières bouteilles Twist Off à ouverture facile en France, une innovation qui paraît banale aujourd’hui mais qui a changé les usages en restauration. Sur le segment plastique, après le dépôt de brevet de la bouteille PAN en 1996, la part de marché de la marque a progressé de 30 % par an selon les données publiées par E-marketing en 2000.
Comment fonctionne le site de production de Nuits-Saint-Georges?

Pampryl s’est installée à Nuits-Saint-Georges dès 1926, mais le site de production industriel tel qu’il existe aujourd’hui a été formellement créé en 1976. Un entrepôt de 12 500 m² est venu compléter le dispositif en 1983, pour absorber la croissance du volume.
Les chiffres actuels donnent une idée de l’échelle. Le site emploie près de 100 personnes et produit 75 millions d’unités par an, soit environ 60 millions de litres de boissons. Seize citernes permettent de stocker jusqu’à un million de litres sur place. Le flux logistique est dense : 12 000 camions transitent chaque année, d’après La Gazette France.
En 2022, l’opérateur Refresco a investi 8 millions d’euros dans une nouvelle ligne verre sur ce site, capable de tourner à 20 000 bouteilles par heure. C’est un engagement industriel concret, à rebours d’une marque en déclin – et un signal clair sur la durabilité du site bourguignon.
Refresco et Marmande : qui fabrique réellement les jus Pampryl aujourd’hui?
La production de Pampryl est aujourd’hui assurée par deux prestataires industriels. Refresco opère le site historique de Nuits-Saint-Georges, spécialisé dans la mise en bouteille de pur jus, notamment le format verre 25 cl pour le CHR. La Compagnie des Jus de Marmande, implantée dans le Lot-et-Garonne, prend en charge une partie de la fabrication.
Ce modèle de sous-traitance est courant dans l’agroalimentaire moderne, mais il mérite d’être compris correctement. La marque Pampryl appartient à un groupe, qui en confie la production à des industriels spécialisés. Refresco est l’un des plus grands embouteilleurs de boissons en Europe – sa présence sur le site de Nuits-Saint-Georges garantit un niveau d’exigence industrielle élevé, et c’est lui qui a porté l’investissement de 2022.
Pampryl a traversé plusieurs rachats sans disparaître

Le parcours capitalistique de Pampryl ressemble à celui de nombreuses marques agroalimentaires françaises : absorption progressive dans des groupes plus grands, sans jamais disparaître tout à fait. Pampryl a appartenu au groupe Pernod Ricard jusqu’en 2001 – une trajectoire surprenante pour une marque de jus, mais cohérente avec la stratégie de diversification des groupes de boissons de cette époque.
En 2000, elle est fusionnée avec Orangina au sein d’un ensemble commun. Un an plus tard, en 2001, cet ensemble est cédé à Cadbury Schweppes, le géant britannique de la confiserie et des boissons.
Chaque changement de mains aurait pu sonner le glas d’une marque de niche. Pampryl a résisté, notamment parce que sa position sur le circuit CHR lui confère une utilité commerciale difficile à remplacer. Une bouteille en verre de 25 cl avec le logo Pampryl sur un plateau de brasserie, c’est un repère visuel que des générations de consommateurs ont intégré sans y penser – et ça, aucun rachat ne l’efface du jour au lendemain.